“Amour décroissant”, le premier chapitre du roman de Laura Vandewauwer

Laura Vandewauwer s’est lancée dans une formidable aventure littéraire qu’elle vous a présentée dans un article précédent (« Amour contre Haine » )

Elle vous offre ici le premier chapitre de son roman. Un plaisir doublé par les illustrations de sa sœur,  Rebecca !

I

Par une nuit froide et brumeuse, deux cavaliers avançaient lentement à la lumière clémente de la lune pleine qui, éclairant faiblement la route, traversait la dangereuse forêt d’Adraste. Mais le brouillard n’était pas d’humeur joyeuse et la forêt, réputée pour sa cruauté, avait égaré les deux voyageurs. Ils progressaient à l’aveugle dans le nuage bas opaque, ne sachant s’ils partaient vers leur destination initiale ou s’ils couraient à leur perte. Le cavalier de tête était déjà d’un âge avancé mais il tenait fermement en place sur son cheval. L’homme était trapu, le visage fermé et ridé. Ses cheveux clairs parsemés de teintes plus argentées, tombaient sur ses deux yeux petits et perçants. Sa tunique était déchirée à plusieurs endroits mais on pouvait encore discerner, cousu sur son torse, l’emblème des soldats de l’armée impériale. Le tissu était lourd et d’un bleu foncé prononcé. La cotte de mailles alourdissait un peu plus le soldat. Les pièces métalliques scintillaient à la lumière blanchâtre de l’astre de la nuit. Il ne portait pas d’armes, ni de bouclier. Le vieux soldat semblait s’être encouru un peu précipitamment en oubliant ses protecteurs de guerres et ses effets. Il n’inspirait pas l’admiration d’un noble seigneur de la guerre. Il ressemblait à tous ces déserteurs qui fuyaient l’honneur. Ces hommes n’inspiraient qu’aux passants, une méfiance méritée. Si un homme trompait sa promesse d’allégeance à son roi, ne pouvait-il pas duper aussi l’humble paysan ? Le soldat avait froid. Il était trop vieux pour supporter un tel climat et une telle excursion. Il avait l’impression que même ses os se rafraîchissaient. Il maintenait, comme il pouvait, de sa main droite, sa longue cape autour de lui, tandis que la gauche, celle-ci engourdie par le froid, serrait les rênes de sa monture. L’autre cheval, lié au premier par une corde attachée de la bride à la selle du soldat, transportait le corps inconscient de son compagnon. Celui-ci était plus jeune que son sauveur. Il avait été jeté, par le soldat, sur le cheval, le ventre de l’homme touchant la selle, son visage goûtant au poil rêche du flanc de l’animal. Le soldat l’avait solidement attaché au cheval lorsqu’ils avaient fait une première escale au village d’Horms pour qu’il ne pût tomber. Les deux hommes venaient du royaume du Ghor, au Nord des terres d’Eldhion. Le premier était un cavalier de l’armée du vassal Graugeras contre les troupes mal organisées des rebelles. La cavalerie était commandée par le deuxième, un lieutenant fraîchement arrivé dans la contrée, envoyé par l’empereur lui-même avec son acolyte, le seigneur Valek. Il se prénommait Joshua Kellagan. Joshua était arrivé dans la citadelle de Liane, se tenant fièrement sur son cheval. Il ne portait pas l’uniforme des guerriers de l’empereur. Il portait sa vieille tenue de voyage car on racontait, dans les rangs, que l’homme venait d’au-delà des mers et des terres connues sur les cartes. Il se démarquait des autres par sa tenue, par son langage et par son entêtement. Il parlait peu avec les hommes, il s’isolait des autres seigneurs. Il semblait constamment tourmenté. Il était rongé par les choses qui troublaient l’âme des hommes. Il était tourmenté par les fantômes des ombres de son esprit. C’était pourquoi, les hommes murmuraient à son passage et s’interrogeaient sur son dessein dans leurs rangs. Pendant la bataille, le soldat l’avait vu. Kellagan se battait avec le grand seigneur Valek. L’observateur était captivé par le spectacle jusqu’à en oublier le carnage qui régnait autour de lui. Il ne voyait que les deux lames s’entrechoquer sans pauses, les hommes se jetaient l’un sur l’autre. Kellagan criait des paroles. Valek restait sourd et muet de rage ou de détermination. Le soldat ne comprenait pas pourquoi une telle chose se produisait devant ses yeux. Les deux hommes étaient du même clan. Ils étaient frères d’armes. Valek porta un coup plus violent à son adversaire et celui-ci tomba à genoux devant lui en lâchant son épée. Le lieutenant avait été touché au flanc. Le soldat vit Valek lever son épée au dessus de sa tête pour porter le coup décisif. Mais, cela ne se produisit pas. (…)

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2 commentaires

  1. Jess

    Trop beaux les dessins !!! Au début, je ne comprenais pas le rapport avec l’histoire… mais faut tout lire !

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